Les jeunes et l’anglais…
J’ai récemment visionné le reportage d’Enjeux “Génération “Yes, No, Toaster” (mardi le 24 janvier 2006, 9h PM, Radio-Canada) sur l’apprentissage de l’anglais par les jeunes Québécois d’âge scolaire.
J’ai été littéralement estomaqué par ce que j’y ai vu et entendu. Je savais que la situation de l’apprentissage scolaire de l’anglais au Québec n’était pas particulièrement encourageante, mais jamais je ne me serais douté d’un tel fiasco indéfendable. Rien n’aurait pu me préparer à ce que j’y ai vu.
Après 9 ans de cours d’anglais à l’école, certains des jeunes interviewés dans le reportage étaient complètement incapables de répondre à des questions ultra-simples, posées lentement, dans un anglais neutre, comme “What do you want to do when you grow up?” et “Do you speak English?”. Non seulement n’étaient-ils pas capables d’y répondre mais certains d’entre eux ne comprenaient tout simplement pas la question. D’autres comprenaient les questions mais y répondaient dans un anglais que je qualifierais, au mieux, de “très déficient”. Et la cerise sur le sundae, la plupart affirmaient croire qu’en sortant du système scolaire québécois, ils seraient “réellement bilingues”. FAITES-MOI RIRE!
Par contre, comme on peut s’y attendre, le constat est beaucoup plus reluisant chez les élèves en anglais intensif. Ceux-ci comprenaient toutes les questions posées par la reporter d’Enjeux et y donnaient suite en anglais sans trop de mal. J’ai d’ailleurs été assez impressionné par la performance de quelques-uns d’entre eux.
Lorsqu’on posait les questions “Croyez-vous que l’anglais est une perte de temps à l’école?” et “Croyez-vous que l’anglais vous servira plus tard?” à ces élèves, la majorité d’entre ceux qui furent interviewés à la caméra semblaient très peu s’en soucier. Remarquez qu’il ne faudrait pas trop les blâmer. Le Québec connaît une pénurie sans précédent de professeurs d’anglais. Ceux qui sont nouvellement engagés ne sont la plupart du temps jamais formés à enseigner l’anglais. On recycle souvent des professeurs d’éducation physique ou autre matière quelconque afin de pallier au manque, avec les résultats que l’on connaît. On a vu un cas dans la région de Cabano où une professeure d’anglais devait visiter 3 écoles différentes par jour séparées par de grandes distances sur la route. Elle ne se considérait même pas complètement bilingue, mais a été engagée faute de relève plus compétente.
Quant à ceux qui étudient vraiment pour devenir professeurs d’anglais langue seconde au Québec, on les fait évaluer par des francophones unilingues et quelquefois on les recale parce que leur méthode d’enseignement “contient TROP d’anglais”. Croyez-le ou non, ça a été vu et entendu dans le reportage d’Enjeux. Trop d’anglais dans un cours d’anglais? What the fuck are they thinking? Et comme si ce n’était pas assez, sachez que les cours d’anglais normaux dispensés au Québec fournissent MOINS de la MOITIÉ des heures d’apprentissage requises pour devenir “fonctionnellement” bilingue. Dans le cas de l’anglais intensif, on atteint presque le seuil requis, mais il en manque encore un peu. Malheureusement, la vraie manière d’atteindre les 1200 heures en question s’avère de participer à une immersion totale et complète en anglais, ce qui est INTERDIT au Québec à cause de la Loi 101. Je reste perplexe face à l’utilité de cette restriction, mais je suis porté à croire qu’elle nous cause plus de mal que de bien. Le gouvernement du Québec peut-il se pencher sur la question SVP?
En tant qu’individu qui a toujours persévéré, travaillé, adapté et retravaillé son anglais au point d’en devenir complètement bilingue à 19 ans, croyant dur comme fer à l’importance de parler, écrire et comprendre cette langue universellement comprise, tout cela me sidère complètement. Bon, il faut dire que j’ai eu la chance de partir avec une bonne base et que l’intérêt a toujours été très présent dans mon cas (rappelez-vous, mon but est d’aller vivre aux États-Unis), mais je n’ai JAMAIS vécu hors du Québec, ma famille est francophone de souche, et je n’ai jamais fait d’immersion prolongée en anglais. Il y a bien eu une moitié de 6ème année du primaire en anglais pour m’aider, soit le programme d’anglais intensif, mais à part ça, à peu près rien n’explique que je sois bilingue à 19 ans.
Et vous le savez aussi bien que moi, l’anglais, ça sert plus que jamais sur le marché du travail. Vous croyez qu’il n’en est pas ainsi au Québec? Détrompez-vous! La preuve: Prenez La Presse ou Le Soleil du Samedi et feuilletez les pages “Carrières et Professions”. Comptez le nombre d’offres d’emplois qui ne demandent aucune compréhension de l’anglais, et comparez avec le nombre de celles qui demandent d’être bilingue. Vous allez être surpris à quel point l’anglais est en demande! Et il le devient de plus en plus.
À part ça, sachez que les candidats les plus polyglottes sont souvent les plus engagés et les mieux rémunérés pour un même emploi. Je n’ai malheureusement pas de chiffres à vous proposer, mais la réalité est là. Même pour les emplois qui ne requièrent PAS de comprendre l’anglais, vous avez définitivement plus de chances de vous faire engager si vous n’êtes pas unilingue.
Alors il faudrait bien aller dire à ces jeunes qu’ils sont en train de totalement se fourvoyer et de manquer le bateau en pensant que l’anglais ne leur sera pas utile. Mais imaginons un instant qu’ils ont raison. L’anglais ne leur sert à rien dans leurs perspectives d’emploi. D’accord. Mais que se passerait-il s’il n’y avait PAS de perspectives d’emploi dans leur branche au Québec? Pourraient-ils aller s’établir aux États-Unis ou au Canada anglais s’ils y obtenaient un emploi? Si les conditions de travail y étaient plus alléchantes? S’ils obtenaient une meilleure rémunération? Moins d’impôts? Moins d’hiver? Non. Ils seraient confinés au Québec. Ils ne pourraient pas vivre ailleurs qu’ici.
Certains y trouveraient assurément leur compte.
Mais d’autres regretteraient amèrement leur choix.
Personnellement, j’ai tenté d’éviter cela à tout prix.
