Est-ce qu’on réalise vraiment dans quoi on s’embarque?
Voici un brillant article de Claude Picher, publié dans La Presse du 21 février 2006, en page 5 du cahier La Presse Affaires. Mes commentaires suivront à la fin.
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L’autre côté de Kyoto
Le nouveau ministre fédéral de l’Immigration, Monte Solberg, a créé tout un émoi, la semaine dernière, en déclarant son opposition au protocole de Kyoto. Peut-être le ministre s’attirera-t-il quelques sympathies en Alberta, mais certainement pas au Québec, où un sondage Léger Marketing vient de montrer que 89 % de la population est d’accord avec Kyoto.
Rares sont les gens qui ne sont pas sensibilisés au réchauffement de la planète et à ses conséquences. Certes, les adversaires de Kyoto font valoir que le réchauffement observé par les météorologues est dû au moins autant à de gigantesques explosions sur la surface du soleil qu’à l’émission de gaz à effet de serre. Plusieurs études pointent d’ailleurs en ce sens. Et même si c’était vrai? Le Canada, qui a signé le protocole de Kyoto mais qui n’en présente pas moins un fort mauvais dossier en matière d’environnement, a émis 740 mégatonnes de gaz à effet de serre en 2003. Une mégatonne équivaut à un million de tonnes. Autrement dit, chaque citoyen canadien envoie en moyenne 23 tonnes de cochonneries dans l’air par année. Explosions solaires ou pas, on ne peut pas continuer comme cela.
Il existe cependant un problème de taille sur lequel, à mon avis, les partisans de Kyoto n’insistent pas assez. Atteindre les objectifs de Kyoto ne se fera pas tout seul, au contraire: ce sera extrêmement difficile et coûteux. Parmi les 89 % de Québécois favorables à Kyoto, combien sont prêts à payer quatre dollars le litre à la pompe, ce qui revient à 200 $ le plein d’essence? Pourtant, cette prévision n’a rien d’irréaliste.
Les 39 pays signataires de Kyoto se sont engagés, avant 2012, à réduire en moyenne leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2 % par rapport à 1990. L’objectif du Canada est de 6 %. Les États-Unis, même s’ils n’ont pas ratifié le protocole, se sont fixé un objectif encore plus ambitieux de 7 %.
Or, entre 1990 et 2003, la plupart des pays n’ont pas fait grand-chose pour réduire leurs émissions. Au contraire: pendant cette période, le Canada a fait passer ses émissions de 596 à 740 mégatonnes, une augmentation de 24 %. Ce n’est pas le pire délinquant. Les émissions ont grimpé de 41 % en Espagne et au Portugal, de 29 % en Irlande, de 26 % en Grèce, tous des pays signataires du protocole. De leur côté, les Américains ont bien mieux fait leurs devoirs, avec une hausse de 14 %. On ne parle évidemment pas de pays comme l’Inde et surtout la Chine, qui n’ont pas ratifié le protocole, et où l’industrialisation rapide et l’explosion du parc automobile poussent les émissions de gaz à effet de serre à des niveaux records. Les ventes de véhicules neufs dans le monde entier passeront de 850 millions à 1,2 milliard d’ici 2012, une hausse de 41 %, principalement attribuable à la demande chinoise, où les ventes augmentent au rythme fou de 80 % depuis deux ans.
Pour atteindre les objectifs de Kyoto, le Canada devra réduire ses émissions de 180 mégatonnes d’ici six ans. Pour donner un ordre de grandeur, la seule production d’électricité et de chaleur, au Canada, est responsable de l’émission de 134 mégatonnes. L’hydroélectricité ne produit pas de gaz à effet de serre, de sorte que le Québec ne sera pas touché. Il n’en va pas de même ailleurs, et particulièrement en Ontario, où les centrales thermiques au mazout et au charbon fournissent une partie importante de l’électricité. Autrement dit, même si les Canadiens réduisaient leur consommation d’électricité thermique à zéro, ce ne serait pas suffisant pour atteindre l’objectif.
Le secteur des transports est un des grands coupables. À lui seul, il envoie 190 mégatonnes de gaz polluants par année. Les véhicules des particuliers (voitures, fourgonnettes, camionnettes, véhicules tout terrain) émettent à eux seuls 118 mégatonnes, une hausse de 24 % depuis 1990. Cette augmentation n’est rien à côté de celle des camions et autres véhicules lourds, où les émissions sont passées de 28 à 46 mégatonnes, une progression de 64 %.
Il faudra donc trouver d’autres moyens de transporter les marchandises. Il faudra décourager l’utilisation des voitures particulières. Le meilleur moyen pour cela est d’augmenter les taxes sur l’essence, et pas à peu près. Pour être conforme à Kyoto, il faudrait que les automobilistes réduisent leurs émissions de 28 mégatonnes. De façon assez prudente, on peut supposer que chaque fois que vous augmentez les taxes d’un dollar le litre, 10 % des automobilistes renoncent à leur voiture au profit du transport en commun. Si cela se produit, pour atteindre l’objectif de 28 mégatonnes, il faudra augmenter la taxe spécifique sur l’essence de 2,50 $ le litre, ce qui portera la prix à la pompe à environ 3,50 $. Ajoutez la TPS et la TVQ, et vous dépassez les quatre dollars.
Bien sûr, on peut penser qu’avant d’écoeurer les automobilistes, on pourrait penser à mettre les entreprises à contribution. Ce n’est pas évident. Les entreprises du secteur manufacturier ont émis 49 mégatonnes en 2003, contre 55 en 1990. C’est un des rares secteurs où les émissions diminuent au lieu d’augmenter. Autrement dit, le secteur manufacturier, dans son ensemble, se comporte de façon plus responsable que les automobilistes. Dans le cadre de Tokyo, les entreprises devront faire encore davantage. Cela peut compromettre leur capacité concurrentielle vis-à-vis des pays comme la Chine et l’Inde, qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes. Selon l’Association canadienne des manufacturiers et exportateurs, les coûts d’adaptation à Kyoto atteindraient 40 milliards pour les entreprises canadiennes, ce qui risque de se traduire par la perte de 450 000 emplois. Ces chiffres sont peut-être trop élevés, mais il est certain qu’il y aura des coûts. David Anderson, ancien ministre libéral de l’Environnement et partisan convaincu du protocole, estime les coûts à 16 milliards et 200 000 pertes d’emplois.
L’industrie pétrolière et gazière devra certainement faire un effort important. La production, le raffinage, le transport et l’entreposage des combustibles fossiles rejette 125 mégatonnes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Pour se conformer à Kyoto, l’industrie devra réduire ses émissions de 42 mégatonnes en six ans. On voit mal comment cela n’aura pas de répercussions sur les prix et les emplois.
Il est clair que l’avenir de la planète n’a pas de prix. En revanche, les Québécois doivent être bien conscients que ce prix risque d’être plus élevé qu’ils le pensent.
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Commentaires:
Le nouveau ministre fédéral de l’Immigration, Monte Solberg, a créé tout un émoi, la semaine dernière, en déclarant son opposition au protocole de Kyoto. Peut-être le ministre s’attirera-t-il quelques sympathies en Alberta, mais certainement pas au Québec, où un sondage Léger Marketing vient de montrer que 89 % de la population est d’accord avec Kyoto.
Oui, Monte Solberg a créé tout un émoi en crucifiant le Protocole de Kyoto. Mais il a raison. Et je suis entièrement d’accord avec ses propos. Je tiens à réitérer d’ailleurs que je ne fais PAS partie des 89% de Québécois qui semblent se laisser endormir par les dogmes environnementalistes. Malheureusement, Léger Marketing ne m’a pas téléphoné pour me demander mon avis…
Rares sont les gens qui ne sont pas sensibilisés au réchauffement de la planète et à ses conséquences.
Voilà à peu près le seul bémol que je mettrais face à l’article de Picher. Il faut bien distinguer ici, comme dans toute chose, “sensibilisation prudente” et “endoctrinement écologiste”. Ceci étant dit, je suis très sensibilisé au phénomène du réchauffement climatique et je suis à même d’observer certains de ses effets. Certains seront bénéfiques, d’autres pas. Mais comme je ne crois pas que ce sont les activités humaines qui causent ou amplifient le réchauffement, je ne suis pas prêt à aller crier à qui veut bien l’entendre que l’apocalypse s’en vient, que le Protocole de Kyoto nous sauvera, (il ne changera RIEN et coûtera horriblement cher) que l’humanité court à sa perte, qu’elle détruit la planète et qu’elle devrait cesser toute forme de pollution immédiatement sinon elle en pâtira irrémédiablement. Ça, ça relève plus de l’endoctrinement.
Certes, les adversaires de Kyoto font valoir que le réchauffement observé par les météorologues est dû au moins autant à de gigantesques explosions sur la surface du soleil qu’à l’émission de gaz à effet de serre. Plusieurs études pointent d’ailleurs en ce sens. Et même si c’était vrai? Le Canada, qui a signé le protocole de Kyoto mais qui n’en présente pas moins un fort mauvais dossier en matière d’environnement, a émis 740 mégatonnes de gaz à effet de serre en 2003. Une mégatonne équivaut à un million de tonnes. Autrement dit, chaque citoyen canadien envoie en moyenne 23 tonnes de cochonneries dans l’air par année. Explosions solaires ou pas, on ne peut pas continuer comme cela.
C’est certain que polluer moins est un but très noble. Mais le Protocole de Kyoto n’a RIEN à voir avec la pollution atmosphérique ou le smog. Et de plus, les gaz à effet de serre n’émettent AUCUNE pollution. Faudrait rectifier certains faits avant de se lancer dans de telles litanies… mais la confusion entre les deux sert aux environnementalistes, car la pollution atmosphérique est bien plus observable que les gaz à effet de serre, qui sont produits naturellement par les écosystèmes. Cela donne une raison aux gens d’appuyer leurs pitoyables mesures comme le Protocole de Kyoto dont nous parlons actuellement. Combien de fois j’ai entendu “Kyoto” et “smog” ou “pollution” dans la même phrase? Trop pour pouvoir les compter. Et malheureusement, on se leurre complètement en mettant tout ça ensemble.
Il existe cependant un problème de taille sur lequel, à mon avis, les partisans de Kyoto n’insistent pas assez. Atteindre les objectifs de Kyoto ne se fera pas tout seul, au contraire: ce sera extrêmement difficile et coûteux. Parmi les 89 % de Québécois favorables à Kyoto, combien sont prêts à payer quatre dollars le litre à la pompe, ce qui revient à 200 $ le plein d’essence? Pourtant, cette prévision n’a rien d’irréaliste.
Je pense que Picher vient de mettre le doigt sur le plus gros bobo dans toute cette affaire. À entendre parler la majorité des partisans de Kyoto et des groupes environnementalistes eux-mêmes, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes si Kyoto est respecté par la communauté internationale. Et ce sera “facile”! Tout ce qu’on a à faire c’est construire des éoliennes, des centrales solaires, vendre des véhicules électriques, des avions électriques, des trains électriques, des bateaux élec… bon, je pense que vous comprenez où je veux en venir. TOUT ça sera TRÈS coûteux et demandra des sacrifices économiques ÉNORMES! Et je ne parle pas de l’achat de crédits et de droits à polluer, de frais de toutes sortes, de pénalités, etc… et entre nous, est-ce que ça vous tente vraiment de payer 200$ pour remplir le réservoir de votre voiture? PAS MOI! Oh, il n’y a pas à dire, ce sera d’une facilité DÉCONCERTANTE!
Les 39 pays signataires de Kyoto se sont engagés, avant 2012, à réduire en moyenne leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2 % par rapport à 1990. L’objectif du Canada est de 6 %. Les États-Unis, même s’ils n’ont pas ratifié le protocole, se sont fixé un objectif encore plus ambitieux de 7 %.
Or, entre 1990 et 2003, la plupart des pays n’ont pas fait grand-chose pour réduire leurs émissions. Au contraire: pendant cette période, le Canada a fait passer ses émissions de 596 à 740 mégatonnes, une augmentation de 24 %. Ce n’est pas le pire délinquant. Les émissions ont grimpé de 41 % en Espagne et au Portugal, de 29 % en Irlande, de 26 % en Grèce, tous des pays signataires du protocole. De leur côté, les Américains ont bien mieux fait leurs devoirs, avec une hausse de 14 %. On ne parle évidemment pas de pays comme l’Inde et surtout la Chine, qui n’ont pas ratifié le protocole, et où l’industrialisation rapide et l’explosion du parc automobile poussent les émissions de gaz à effet de serre à des niveaux records. Les ventes de véhicules neufs dans le monde entier passeront de 850 millions à 1,2 milliard d’ici 2012, une hausse de 41 %, principalement attribuable à la demande chinoise, où les ventes augmentent au rythme fou de 80 % depuis deux ans.
Les États-Unis agissent au lieu d’essayer faire bonne impression et de se contenter de parlementer, comme le reste de la communauté internationale et les Nations Unies.
Il faudra donc trouver d’autres moyens de transporter les marchandises. Il faudra décourager l’utilisation des voitures particulières. Le meilleur moyen pour cela est d’augmenter les taxes sur l’essence, et pas à peu près. Pour être conforme à Kyoto, il faudrait que les automobilistes réduisent leurs émissions de 28 mégatonnes. De façon assez prudente, on peut supposer que chaque fois que vous augmentez les taxes d’un dollar le litre, 10 % des automobilistes renoncent à leur voiture au profit du transport en commun. Si cela se produit, pour atteindre l’objectif de 28 mégatonnes, il faudra augmenter la taxe spécifique sur l’essence de 2,50 $ le litre, ce qui portera la prix à la pompe à environ 3,50 $. Ajoutez la TPS et la TVQ, et vous dépassez les quatre dollars.
Complètement fou à mon avis. Kyoto est donc irréalisable, coûtera très cher, et de plus, il ne changera RIEN! Et qu’est-ce qu’on propose pour ceux qui n’ont PAS ACCÈS au transport en commun? Et c’est en nous taxant davantage qu’on va y arriver? Je ne veux rien savoir de ce Protocole sans aucun sens.
Il est clair que l’avenir de la planète n’a pas de prix. En revanche, les Québécois doivent être bien conscients que ce prix risque d’être plus élevé qu’ils le pensent.
Tout à fait d’accord, mais si celui-ci n’est pas réellement menacé, comme je le crois, est-ce qu’on doit être vraiment obligé de payer le plein prix, de perdre des millions d’emplois, de dire adieu à toute une panoplie d’inventions auxquelles nous nous étions accoutumés et saborder toute notre belle civilisation occidentale juste pour faire plaisir aux marxistes recyclés en environnementalistes, anti-progrès et nostalgiques de l’époque de l’homme des cavernes?
“On va vivre mieux”, qu’ils nous disent. J’ai BIEN de la difficulté à le croire. Mon niveau de scepticisme est VRAIMENT au maximum.

(Bon bien merde, mes accents ne marche pas)
Tres bon commentaire, et bonne attrape sur l’article. Je me demande tres bien quant est ce que le reste du Quebec, et l’Ontario va se reveiller a cette idee. Le gouvernement a pousse tres fort pour que ceci aille de l’avant, seulement pour realiser qu’il se creusait un trou. Vraiment pitoyable.
Cheers!
-DanL
Comment by DanL — February 24, 2006 @ 11:05 am
Salut DanL!
Malheureusement, je ne crois pas (comme tu dis) que nos gouvernements se rendent compte du gouffre financier sans fond qu’ils sont en train de creuser en ayant signé Kyoto. S’ils s’en rendaient compte, peut-être bien que la grande majorité de la classe politique canadienne sortirait sa tête du sable et arrêterait de “supporter” le Protocole…
Mais ça m’a tout l’air que je suis en train de rêver en couleurs…
Comment by Xavier R. Dubé — February 24, 2006 @ 11:20 am